Stress répété et témoignage chez le jeune enfant

8 août 2007 par Frank Arnould

Des psychologues ont mis au point un paradigme expérimental pour étudier les souvenirs d’enfants concernant un épisode spécifique d’un événement récurrent et stressant. Les premiers résultats obtenus grâce à cette situation pourraient aider à mieux comprendre la mémoire des enfants ayant subi à plusieurs reprises des maltraitances physiques ou des agressions sexuelles.

De quelle manière étudier expérimentalement les effets du stress sur la mémoire des enfants, en particulier quand un évènement stressant a été vécu plusieurs fois ? Pour des raisons éthiques évidentes, les chercheurs sont contraints d’utiliser des subterfuges. C’est le cas d’une étude publiée par Heather Price et Deborah Connolly, de l’Université Simon Fraser au Canada.

Les deux psychologues comparent les souvenirs d’une séance de natation d’enfants plutôt anxieux lorsqu’ils apprennent à nager aux souvenirs d’enfants qui apprécient cette activité, sans montrer d’anxiété particulière. Certains enfants participent à une séance unique de natation, alors que d’autres vont suivre quatre leçons. Les activités réalisées pendant chaque cours de natation sont toujours identiques, mais leur contenu varie d’une séance à l’autre. C’est la mémoire de la première séance (correspondant à l’unique séance pour les autres enfants) qui va ensuite être évaluée au cours d’un entretien. Auparavant, les chercheurs ont demandé aux parents de lire à leur enfant, et ce, à plusieurs reprises, une histoire portant sur cette séance de natation. Celle-ci contient plusieurs informations suggestives. Des enfants de quatre et cinq ans participent à l’expérience.

Lorsqu’ils sont interrogés par des questions ouvertes (rappel libre) et des questions spécifiques (rappel indicé), les enfants qui ont participé à une séance unique de natation se souviennent d’un plus grand nombre d’informations correctes sur le cours que ceux qui ont participé à plusieurs séances.

Se souvenir d’un épisode spécifique d’un événement récurrent s’avère donc être une tâche plus difficile à réaliser pour les jeunes enfants que de se souvenir d’un événement unique. Ce constat est conforme avec ce que d’autres travaux ont observé.

Le niveau de stress et d’anxiété a peu d’impact sur la mémoire des enfants. La seule influence observée concerne l’effet des suggestions. Les enfants anxieux sont moins sensibles aux suggestions que les enfants qui ne le sont pas, mais uniquement lorsqu’ils doivent se souvenir librement du cours de natation en question. Les auteurs constatent que le niveau de suggestibilité est plutôt élevé dans leur étude. La plupart des enfants se sont souvenus d’au moins une suggestion au cours de l’entretien.

Référence :

Price, H.L., & Connolly, D.A. (2007). Anxious and nonanxious children’s recall of a repeated or unique event. Journal of Experimental Child Psychology, 98, 94-112.

Mots-clés :

Témoignage - Mémoire - Suggestibilité - Faux souvenir - Evénement récurrent - Anxiété - Stress - Cognition - Mineurs - Enfants d’âge préscolaire

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