Suggestibilité et schizophrénie

18 juin 2012 par Frank Arnould

Selon les résultats d’une nouvelle étude, les patients schizophrènes seraient particulièrement sensibles aux pressions sociales d’un enquêteur.

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Au début du XXe siècle, le psychiatre suisse Eugen Bleuler (1857-1939) introduit le terme de schizophrénie.

L’équipe dirigée par Maarten Peters, de l’Université de Maastricht, aux Pays-Bas, a tenté d’en savoir plus sur la vulnérabilité de la mémoire des patients schizophrènes aux suggestions trompeuses. Pour cela, ils ont administré l’Échelle de Suggestibilité de Gudjonsson à un groupe de schizophrènes et à un groupe contrôle de personnes épargnées par la maladie.

Les participants ont tout d’abord écouté le récit d’un vol puis ont répondu à différentes questions sur les faits. Plusieurs de ces questions contenaient des suggestions inexactes. L’expérimentateur indiquait ensuite aux sujets que certaines de leurs réponses étaient fausses et qu’ils devaient à nouveau répondre au questionnaire.

Comparativement aux personnes du groupe contrôle, les patients schizophrènes se sont souvenus d’un moins grand nombre d’informations correctes. En outre, après l’intervention de l’expérimentateur sur leur performance, ils ont plus fréquemment modifié leurs réponses et ont accepté plus souvent des informations trompeuses suggérées par les questions. Ils se sont donc montrés plus sensibles aux pressions sociales exercées par l’expérimentateur.

Les différents indicateurs de suggestibilité n’étaient pas corrélés au niveau d’intelligence prémorbide des patients. Aucune différence n’a été constatée entre hommes et femmes, aussi bien dans le groupe de schizophrènes que dans le groupe contrôle. Chez les schizophrènes, un seul indice de gravité de la maladie (score de désorganisation de la Brief Psychiatric Rating Scale) était associé (de façon inverse) à l’un des scores de suggestibilité (score de modification des réponses).

Pour les auteurs de l’étude, ces résultats ont des implications cliniques et légales : « Au cours d’une psychothérapie, par exemple, les souvenirs autobiographiques des patients schizophrènes sont de première importance. Cependant, nos données indiquent qu’il serait prudent d’évaluer ces souvenirs de manière critique. De façon plus certaine, les thérapeutes devraient éviter tout style d’entretien suggestif. Cette recommandation est encore plus pertinente dans un contexte légal, c’est-à-dire quand des experts psychologues ou psychiatres interrogent des suspects ou des témoins atteints de schizophrénie. Parce que leur vulnérabilité aux informations trompeuses est prononcée, il est impératif que ces patients ne soient pas confrontés à des questions suggestives. » (p. 1991, notre traduction).

Référence :

Peters, M. J. V., Moritz, S., Tekin, S., Jelicic, M., & Merckelbach, H. (2012). Susceptibility to misleading information under social pressure in schizophrenia. Comprehensive Psychiatry, 53(8), 1187-1193. doi:10.1016/j.comppsych.2012.04.008

Mots clés :

Schizophrénie – Suggestibilité – Mémoire – Faux souvenir – Cognition – Adultes

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Crédit photo :

Wikimedia Commons