Témoignage oculaire et estimation de la vitesse de véhicules

15 mai 2009 par Frank Arnould

Les témoins oculaires utiliseraient parfois des idées préconçues sur les automobiles pour estimer la vitesse à laquelle celles-ci roulaient.

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Interrogées par un policier, les témoins d’un accident de circulation sont souvent amenés à estimer la vitesse à laquelle roulaient le ou les véhicules en cause. Ces estimations sont-elles précises ? L’une des premières études de psychologie portant sur ce type de jugement a été publiée en 1916 par F.E. Richardson. Les participants de l’expérience devaient juger la vitesse d’une Cadillac à huit cylindres et de deux modèles Ford passant devant leurs yeux.

Une série d’expériences publiée récemment par le psychologue Graham Davies, de l’Université de Leicester au Royaume-Uni, montre que l’estimation de la vitesse de deux véhicules est plutôt précise quand les participants la jugent au moment où ils regardent des enregistrements vidéo de ces deux automobiles roulant à différentes allures. Elle l’est moins quand ils doivent évaluer les vitesses rétrospectivement, un jour après le visionnage des vidéos.

Les participants de ces expériences semblent posséder des stéréotypes sur les conducteurs de différents types de véhicule. Par exemple, dans l’une des études, ils décrivent le conducteur d’une BMW série 3 comme étant plus certainement un homme, plus enclin à dépasser les limitations de vitesse, menant une vie plus stressante, s’habillant mieux, plus impatient, bénéficiant d’un salaire et d’une situation professionnelle plus élevés, et ayant eu un plus grand nombre de contraventions que le conducteur d’une Polo Volkswagen !

Les résultats obtenus par Graham Davies montrent que ces stéréotypes n’influencent pas l’estimation de la vitesse quand celle-ci est effectuée au moment où ils observent des enregistrements vidéo de ces deux automobiles. Ils l’influencent quand ils l’estiment rétrospectivement (un jour après le visionnage des vidéos) ou lorsqu’ils doivent prédire la vitesse des véhicules sans visionner les clips vidéo. Dans ces situations, ils pensent que la BMW roule plus vite que la Polo, alors qu’en réalité, leurs vitesses sont identiques !

Pour l’auteur de ces expériences, ces données suggèrent que l’influence de stéréotypes sur l’estimation de la vitesse de véhicules est plus importante quand l’accès aux informations est dégradé ou ambiguë.

Formulation des questions et estimation de la vitesse de véhicules

Dans un article publié en 1974 et devenu, depuis, un classique de la psychologie du témoignage, Elizabeth Loftus et John Palmer ont montré que l’estimation de la vitesse de deux véhicules impliqués dans un accident de circulation dépendait de la formulation de la question posée aux témoins oculaires. Ces derniers jugeaient la vitesse d’autant plus élevée que le verbe utilisé dans la question suggérait un impact plus violent entre automobiles. Les chercheurs observaient également que les témoins se souvenaient plus volontiers avoir vu des bris de glace sur les lieux de l’accident, dans les faits inexistants, quand un verbe insinuait une collision violente.

Cependant, l’effet de la formulation des questions sur l’estimation de la vitesse de véhicules n’a pas été reproduit dans d’autres études, ou seulement dans des conditions particulières (voir Davies, 2009, pour une synthèse et une discussion de ces travaux).

Références :

Davies, G.M. (2009). Estimating the speed of vehicles : the influence of stereotypes. Psychology, Crime & Law, 15(4), 293-312.

Loftus, E.F., & Palmer, J.C. (1974). Reconstruction of automobile destruction : An example of the interaction between language and memory. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 13(5), 585-589.

Richardson, F.E. (1916). Estimations of speeds of automobiles. Psychological Bulletin, 13(2), 72-73.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Faux souvenirs - Estimation de vitesse – Automobiles – Stéréotypes – Cognition sociale – Mémoire – Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Fiche historique n° 3. Témoignage oculaire et formulation des questions : les expériences de Loftus et Palmer (1974)

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