Témoignages d’enfants : dater les souvenirs

7 septembre 2010 par Frank Arnould

Les enfants sont-ils capables de dater avec précision leurs souvenirs ?

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Au cours d’investigations judiciaires, les enfants sont souvent priés de fournir des détails temporels sur le crime. Peuvent-ils vraiment dater les faits avec précision ? Une équipe de psychologues a demandé à des enfants chinois et euro-canadiens, âgés de 8, 11 et 14 ans, de se souvenir, pendant quatre minutes, du plus grand nombre d’évènements vécus avant leur entrée à l’école. Les participants ont ensuite été invités à dater chaque souvenir. Les chercheurs ont, par ailleurs, interrogé les parents afin de vérifier la réalité des réminiscences et leur datation.

Les résultats ont montré que les enfants ont eu tendance à postdater les souvenirs les plus anciens, vécus avant l’âge de 48 mois. Ils ont donc considéré que les évènements précoces de leur vie se sont déroulés plus récemment qu’en réalité. Par analogie, ce type d’erreur est appelé effet télescopique (telescoping effect), à la manière d’un télescope permettant de voir des objets lointains plus proches en distance. Les souvenirs plus récents, quant à eux, ont provoqué un effet télescopique inverse : les enfants ont eu tendance à les prédater, les jugeant plus éloignés dans le temps qu’en réalité.

Des différences en fonction de l’âge des enfants ont aussi été notées. Par rapport aux participants de 8 et 11 ans, ceux de 14 ans ont manifesté un effet télescopique plus important pour les souvenirs anciens, et une plus faible tendance à l’effet télescopique inverse pour les souvenirs plus récents.

Enfants chinois et euro-canadiens se sont comportés de manière similaire, à ceci près que l’effet télescopique inverse s’est avéré être plus large chez les participants canadiens.

« Ces résultats, concluent les auteurs, permettent d’améliorer nos connaissances actuelles sur la façon dont les enfants comprennent et utilisent les informations temporelles dans la vie de tous les jours ainsi que dans des cadres légaux, comme au cours de témoignages oculaires. »

Ces données, poursuivent-ils, devront néanmoins être confirmées à l’aide d’une methode plus objective de validation des souvenirs que celle reposant sur la seule bonne foi des parents.

Référence :

Wang, Q., Peterson, C., & Hou, Y. (2010). Children dating of childhood memories. Memory, (18)7, 754-762.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Mémoire – Datation des souvenirs – Effet télescopique – Erreur – Cognition - Enfants d’âge scolaire – Adolescents

Crédit photo :

Emilie Ogez
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