Témoignages d’enfants : effacer les souvenirs ?

12 mai 2010 par Frank Arnould

Un enquêteur peut malencontreusement suggérer à un enfant qu’un fait qui s’est produit n’a pas eu lieu. Cette forme de suggestion finit-elle par effacer le souvenir ?

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Il existe différentes manières de suggérer des informations erronées aux enfants. La première consiste à leur insuffler l’idée que des faits inexistants ont bien eu lieu. Cette forme de suggestion peut provoquer des erreurs dites de commission. La seconde, à l’inverse, consiste à les convaincre que des faits qu’ils ont vécus ne se sont pas produits. Cette forme tendancieuse de questionnement peut susciter des erreurs d’omission.

Les suggestions d’omission font, encore aujourd’hui, l’objet de très peu d’études. De quelle façon influencent-elles la mémoire ? Provoquent-elles, en particulier, une sorte d’effacement des souvenirs chez les enfants qui y sont soumis ?

Le psychologue Henry Otgaar et ses collègues ont mis au point une expérience ingénieuse pour répondre à cette question (Otgaar et al., 2010). Des enfants âgés de 6 à 9 ans sont tout d’abord conviés à enlever trois vêtements sur une poupée. Un expérimentateur leur suggère ensuite qu’un vêtement, qu’ils avaient bien retiré, ne l’a pas été. Preuve à l’appui, il leur montre que la pièce d’habillement est toujours présente sur la poupée (elle y a été replacée à l’insu des enfants). Au cours de deux entretiens successifs séparés d’une semaine, les jeunes participants doivent enfin se souvenir des vêtements retirés.

Les enfants ayant commis des erreurs d’omission durant ces entretiens – après suggestion, ils n’ont pas indiqué avoir retiré la pièce de vêtement en cause – réalisent alors une tâche de réaction de choix. Cette épreuve a pour objectif de savoir si les erreurs d’omission sont la conséquence ou non d’un effacement des souvenirs.

Au cours de cette tâche, différents vêtements sont présentés aux enfants : le vêtement omis, les deux vêtements retirés et des pièces d’habillement n’ayant pas été retirées. Pour chaque élément, les enfants doivent indiquer s’il a été ou non enlevé en pressant l’un des deux boutons à leur disposition (l’un pour répondre oui, l’autre, pour répondre non).

La logique sur laquelle repose l’utilisation de cette tâche est la suivante. Si les erreurs d’omission sont le résultat d’un effacement des souvenirs, alors l’objet omis devrait être traité de la même façon que les objets non retirés. Aucune différence comportementale dans la tâche de réaction ne devrait être observée entre ces deux types d’éléments.

Ce n’est pourtant pas ce qu’observent les chercheurs. En fait, les enfants commettent plus d’erreurs quand ils sont confrontés à l’élément omis après suggestion que lorsqu’ils font face aux éléments réellement non enlevés. Ce résultat indiquerait que la trace de l’objet omis est toujours présente dans la mémoire des enfants et créerait de l’interférence.

Les psychologues concluent que l’effacement des souvenirs n’est pas responsable des erreurs d’omission provoquées par les suggestions. Celles-ci seraient plus vraisemblablement la conséquence de facteurs sociaux comme la volonté, de la part des enfants, de se conformer aux souhaits de l’expérimentateur.

Référence :

Otgaar, H., Meijer, E. H., Giesbrecht, T., Smeets, T., Candel, I., & Merckelbach, H. (2010). Children’s suggestion-induced omission errors are not caused by memory erasure. Consciousness and Cognition, 19(1), 265-269.

Mots clés :

Témoignage d’enfants – Suggestibilité – Faux souvenirs – Mémoire – Suggestion – Enfants d’âge scolaire

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