Témoignages d’enfants en justice : la présentation compte

19 octobre 2010 par Frank Arnould

Le mode de présentation des témoignages pendant un procès (en direct, via un système télévisé ou un préenregistrement vidéo) influencerait la manière dont les jurés perçoivent les enfants appelés à la barre.

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Les psychologues suédois Sara Landström et Pär Anders Granhag, de l’Université de Göteborg, ont proposé à un groupe d’observateurs adultes de participer à un procès simulé. Au cours de celui-ci, le témoignage d’un enfant, disant la vérité ou mentant, leur a été présenté selon l’une des trois modalités suivantes : l’enfant interrogé était soit physiquement présent dans la salle (présentation en direct), soit installé dans une pièce différente, son témoignage étant retransmis par un système télévisé, soit l’entretien était préenregistré.

Les observateurs adultes ont perçu l’enfant dans des termes plus positifs quand son témoignage a été recueilli en direct plutôt que par un système de retransmission télévisée. Ce dernier mode de présentation a lui-même conduit les « jurés » à percevoir les enfants plus positivement que le préenregistrement. Autrement dit, plus l’enfant a été proche dans l’espace et le temps des jurés, plus ces derniers l’ont jugé favorablement.

Une plus petite proportion d’enfants a rapporté avoir été nerveuse durant l’entretien préenregistré que pendant l’entretien en direct ou pendant celui retransmis par un système télévisé. En outre, les enfants témoignant en direct ont indiqué avoir trouvé la tâche plus difficile que les enfants des deux autres conditions expérimentales.

Ces résultats, estiment les auteurs, placent les systèmes judiciaires devant le dilemme suivant : « Moins d’enfants témoignant via une vidéo rapportent être nerveux, et trouvent l’entretien moins difficile que les enfants témoignant en direct. Cependant, les observateurs regardant ces enregistrements vidéo perçoivent les enfants plus négativement que les observateurs regardant des enfants témoignant en direct. » (p. 952, notre traduction).

Les chercheurs ont constaté que, dans l’ensemble, les observateurs ont détecté le mensonge et la vérité avec un taux de précision atteignant 58,3 %, une performance médiocre, bien que significativement [1] différente du niveau de la chance (50 %). En fait, seuls les « jurés » observant les préenregistrements de témoignages d’enfants ont évalué le degré de véracité avec un niveau significativement supérieur à celui de la chance, et uniquement quand ils ont détecté le mensonge.

Les observateurs ont également perçu les enfants qui mentaient comme étant moins impliqués, moins francs (straightforward) et moins naturels que les enfants honnêtes. Contrairement aux prédictions des chercheurs, les observateurs n’ont pas perçu les déclarations des enfants disant la vérité comme étant plus plausibles, plus détaillées et plus convaincantes. Ces jeunes témoins ne leur ont pas donné l’impression de moins réfléchir avant de répondre.

Référence :

Landström, S., & Granhag, P. A. (2010). In-court versus out-of-court testimonies : Children’s experiences and adults’ assessments. Applied Cognitive Psychology, 24(7), 941-955.

Mots clés :

Témoignages d’enfants – Jurés – Détection du mensonge – Procès

Crédit photo :

Sunface13
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[1] Au sens statistique du terme.