Témoignages d’enfants : la vérité n’est pas dans le dessin

18 janvier 2011 par Frank Arnould

Une nouvelle étude le confirme : chez l’enfant, l’utilisation du dessin d’un corps humain ne permettrait pas de recueillir des témoignages précis sur les attouchements corporels.

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Afin d’aider les enfants présumés victimes d’agressions sexuelles à surmonter leurs difficultés émotionnelles et langagières, les professionnels ont souvent recours aux techniques non verbales pour recueillir leurs témoignages. En particulier, l’enfant est parfois amené à indiquer sur le croquis d’un corps humain [1] les différents endroits sur lesquels il aurait subi des attouchements.

Malgré la popularité de cette méthode, les recherches empiriques testant son efficacité sont plutôt rares. Les études sur des populations d’enfants victimes présumées d’agressions sexuelles, montrent que le dessin du corps humain permet d’obtenir de nouvelles informations sur les attouchements (Aldridge et al., 2004 ; Teoh, Yang, Lamb, & Larsson, 2010). Cependant, ces recherches ne permettent pas d’évaluer la précision des faits recueillis, ce qui limite la portée de leurs résultats. Les travaux expérimentaux ayant permis une telle évaluation montrent que l’introduction du dessin du corps humain, particulièrement quand celle-ci a lieu après l’entretien verbal, réduit la précision des témoignages d’enfants concernant des contacts corporels (Brown, Pipe, Lewis, Lamb, & Orbach, 2007 ; Bruck, 2009 ; Willcock, Morgan, & Hayne, 2006).

Une nouvelle étude confirme ce dernier constat. Une équipe néerlandaise, dirigée par le psychologue Henry Otgaar, de l’Université de Maastricht, propose à des enfants de 4-5 ans et de 9-10 ans de participer individuellement à une recherche sur la croissance physique (Otgaar, van Kampen, & Lalleman, 2012). Pour cela, une personne est chargée de pratiquer sur eux une série de mesures sur dix parties de leur corps. Les attouchements sont inoffensifs et ne concernent jamais des zones corporelles intimes.

Immédiatement après ou trois semaines plus tard, les enfants sont interrogés sur la séance de mesures. L’entretien est d’abord verbal, les enfants étant invités à relater librement les faits. Le dessin du corps humain est ensuite introduit. Pour la moitié des enfants, le personnage est vêtu, pour l’autre moitié, il est dévêtu.

Les résultats montrent notamment que les enfants communiquent un plus grand nombre d’informations correctes sur les attouchements après qu’avant l’introduction du dessin du corps humain, mais ce phénomène est observé uniquement chez les enfants interrogés immédiatement après la séance de mesures corporelles. L’introduction du dessin du corps humain conduit aussi les participants à commettre un plus grand nombre d’erreurs, en relatant des attouchements n’ayant jamais eu lieu, par rapport à l’entretien verbal.

Les chercheurs observent également que les informations recueillies pendant l’entretien verbal sont plus précises que celles recueillies après l’introduction du dessin du corps humain. La précision des témoignages est calculée en rapportant le nombre d’éléments corrects à la somme des éléments corrects et incorrects. Le niveau de précision n’est pas influencé par le fait que le corps humain est vêtu ou dévêtu. Autrement dit, ces deux modes de présentation réduisent la précision des déclarations des enfants sur les attouchements.

Les chercheurs concluent leur travail en mettant en garde les professionnels sur l’utilisation du dessin du corps humain dans le recueil des témoignages auprès d’enfants qui auraient subi des agressions sexuelles.

Références :

Aldridge, J., Lamb, M. E., Sternberg, K. J., Orbach, Y., Esplin, P. W., & Bowler, L. (2004). Using a Human Figure Drawing to elicit information from alleged victims of child sexual abuse. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 72(2), 304-316.

Brown, D. A., Pipe, M., Lewis, C., Lamb, M. E., & Orbach, Y. (2007). Supportive or suggestive : Do human figure drawings help 5- to 7-year-old children to report touch ? Journal of Consulting and Clinical Psychology, 75(1), 33-42.

Bruck, M. (2009). Human figure drawings and children’s recall of touching. Journal of Experimental Psychology : Applied, 15(4), 361-374.

Otgaar, H., van Kampen, R., & Lalleman, K. (2012). Clothed and unclothed human figures drawings lead to more coprrect and incorrect reports of touch. Psychology, Crime & Law, 18(7), 641-653.

Teoh, Y., Yang, P., Lamb, M. E., & Larsson, A. S. (2010). Do human figure diagrams help alleged victims of sexual abuse provide elaborate and clear accounts of physical contact with alleged perpetrators ? Applied Cognitive Psychology, 24(2), 287-300.

Willcock, E., Morgan, K., & Hayne, H. (2006). Body maps do not facilitate children’s reports of touch. Applied Cognitive Psychology, 20(5), 607-615.

Mots clés :

Recueil des témoignages – Agressions sexuelles – Abus sexuels – Dessin du personnage – Entretien verbal – Mémoire – Mineurs - Enfants d’âge préscolaire – Enfants d’âge scolaire

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

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[1] Représentant un enfant.