Témoignages d’enfants : restaurer le contexte

17 juin 2010 par Frank Arnould

Retrouver mentalement le contexte environnemental et psychologique d’un crime améliore le rappel des faits. Une étude compare deux façons d’utiliser cette consigne chez l’enfant.

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Élément clé de l’entretien cognitif avec le témoin ou la victime, la restauration mentale du contexte environnemental et psychologique d’un crime permet d’améliorer le rappel de faits. Les enfants sont souvent invités à utiliser cette aide mnémotechnique en verbalisant à haute voix leurs pensées, permettant ainsi aux enquêteurs de s’assurer que leurs jeunes interlocuteurs mettent bien en œuvre la stratégie.

Cependant, la verbalisation à haute voix pourrait ajouter une contrainte cognitive aux capacités de traitement limitées des enfants, surtout chez les plus jeunes d’entre eux. Une étude publiée par une équipe de chercheurs australiens montre pourtant que cette crainte n’est pas fondée.

Deux groupes d’enfants âgés de 6 et 12 ans sont invités à se souvenir d’un évènement mis en scène par les expérimentateurs une semaine plus tôt. En pratique, les jeunes « témoins » doivent se remémorer librement les faits, tout en étant les plus exhaustifs possible. Pour accomplir cette tâche, certains enfants sont en plus incités à utiliser la restauration mentale du contexte (voir Encadré), à haute voix ou non. Plusieurs questions spécifiques (rappel indicé) sont ensuite posées à l’ensemble des participants.

La restauration mentale du contexte constitue bien une aide pour les enfants participant à cette expérience. Ceux l’utilisant se souviennent d’un plus grand nombre de faits exacts et d’un moins grand nombre d’éléments incorrects que ceux respectant la consigne standard de rappel libre. La facilitation mnésique que procure cette aide mnésique intervient quand les enfants sont incités ou non à la pratiquer à haute voix.

Les chercheurs sont toutefois étonnés par un phénomène imprévu. L’effet bénéfique de la restauration mentale du contexte, quelle que soit sa mise en oeuvre, s’exerce uniquement sur le rappel indicé et non sur le rappel libre. Or, d’un point de vue théorique, c’est le rappel libre qui devrait profiter le plus de cette consigne. Les auteurs pensent notamment qu’un nombre insuffisant d’incitations libres dans leur procédure d’entretien pourrait être responsable de ce résultat.

Un peu de méthode

La consigne de restauration mentale du contexte utilisée avec les enfants de l’étude australienne est la suivante :

« … Maintenant, ferme tes yeux. Repense au moment où tu as réalisé les différentes activités, comme si tu y étais en ce moment. Repense à l’endroit où tu étais – l’endroit où tu as participé aux différentes activités. Essaye de penser ce à quoi ressemblait l’endroit. Pense aux choses qui étaient autour de toi, aux meubles, aux autres enfants, s’il y avait des choses sur les murs ou accrochées au plafond. Repense à cet endroit pendant une minute. Pense à ce que tu as ressenti et à quoi tu pensais pendant que tu participais aux activités. »

Une partie des jeunes participants ayant reçu cette instruction est incitée à verbaliser à voix haute ses pensées durant la restauration mentale du contexte de l’évènement.

Référence :

Dietze, P. M., Powell, M. B., & Thomson, D. M. (2010). Mental reinstatement of context with child witnesses : does it matter whether context is reinstated ‘out loud’ ? Psychology, Crime & Law, 16(5), 439-448.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Restauration mentale du contexte – Entretien cognitif – Rappel libre – Rappel indicé – Mémoire – Cognition – Mineurs – Enfants

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