Témoignages d’enfants : vérité, mensonge ou suggestion ?

5 avril 2011 par Frank Arnould

Les adultes détectent plus facilement les enfants ayant été induits en erreur que les enfants menteurs.

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À l’Université Cornell, aux États-Unis, Yi Shao et Stephen Ceci ont étudié, semble-t-il pour la première fois, la capacité d’adultes, jouant le rôle de juré, à détecter de fausses déclarations délibérées (mensonges) et involontaires (informations suggérées) chez de jeunes enfants.

Pour cela, les chercheurs ont proposé à cent-vingt jeunes adultes, tous étudiants d’université, de visionner les enregistrements vidéo d’enfants âgés de 39 à 63 mois, dans lesquels ces derniers rendaient compte d’une séance de jeu à laquelle ils avaient participé quelque temps auparavant. Certains de ces enfants avaient été préalablement interrogés de manière suggestive sur les faits, différentes informations erronées leur ayant été communiquées par l’interviewer. D’autres enfants avaient été entrainés à mentir afin de donner une version inexacte des faits dans l’interview filmée. Un dernier groupe d’enfants, ni induit en erreur, ni entrainé à mentir, pouvait donc rendre compte de la partie de jeu de manière honnête.

Les adultes ont jugé que les enfants trompés étaient moins crédibles que les enfants honnêtes et les menteurs. Autrement dit, les fausses déclarations involontaires ont été plus facilement détectées que le mensonge. La chance de juger des enfants comme étant crédibles s’est révélée être d’environ 25 % plus élevée quand les enfants avaient menti ou dit la vérité, par rapport aux enfants ayant été induits en erreur. En outre, les participants ont été plus sûrs d’eux quand ils ont jugé crédibles les témoignages, quel que soit le niveau réel de la précision de leurs évaluations.

Les résultats ont également montré que si les adultes ont été capables de détecter la vérité chez les enfants honnêtes à un niveau supérieur à celui de la chance, la précision de leurs jugements est tombée en dessous de ce niveau pour les deux autres groupes d’enfants. Les participants de l’étude ont donc été enclins à croire les propos des enfants trompés ou menteurs. Toutes ces données ont indiqué que les adultes ont présenté un biais de vérité dans leurs jugements, c’est-à-dire une tendance à faire confiance aux enfants, et ce, d’autant plus qu’ils avaient des expériences fréquentes avec des enfants dans leur vie quotidienne.

Seulement 23 % et 25 % des adultes ont donné comme explication des fausses déclarations la possibilité pour les enfants d’avoir été trompés ou d’avoir menti, respectivement. La plupart des participants n’ont mentionné aucune de ces deux raisons. Ceux conscients du mensonge comme source d’inexactitude ont eu tendance à améliorer leur capacité à détecter la malhonnêteté. En revanche, les participants conscients que des enfants ont pu être induits en erreur n’ont pas détecté plus facilement les jeunes témoins trompés par des informations suggestives. Cela signifierait-il que la détection du mensonge pourrait être améliorée, mais pas celle des souvenirs suggérés ? Pour les auteurs de l’étude, il s’agit là d’une question empirique qui devrait faire l’objet de recherches futures.

Référence :

Shao, Y., & Ceci, S. J. (2011). Adult credibility assessments of misinformed, deceptive and truthful children. Applied Cognitive Psychology, 25(1), 135-145.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Détection du mensonge – Suggestibilité – Vérité – Juré – Adultes jeunes – Mineurs – Enfants d’âge préscolaire

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