Témoignages et dessins d’enfants : un problème de taille

25 mai 2010 par Frank Arnould

Contrairement à une idée couramment admise, la dimension des objets dans les dessins d’enfants ne permettrait pas d’évaluer leur contenu émotionnel.

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Au cours d’expertises cliniques ou légales, de nombreux professionnels utilisent le dessin comme technique projective. L’idée à la base de cette pratique est que l’enfant projetterait sa personnalité, ses peurs et angoisses ou encore ses attitudes envers différents objets et personnes dans sa création.

Selon certains cliniciens, plusieurs indices graphiques permettraient de déceler la nature des émotions que l’enfant exprimerait dans sa production artistique. En particulier, les objets et personnages positifs présenteraient des dimensions plus importantes que les objets et personnages négatifs.

Les résultats que publie avec ses collègues la psychologue Deryn Strange, du Jay College of Criminal Justice à New York, États-Unis, remet en cause cette interprétation des dessins d’enfants (Strange, Hoynck Van Papendrecht, Crawford, Candel, & Hayne, 2010).

Dans la première expérience, soixante enfants âgés de 3 à 4 ans, de 5 à 6 ans et de 9 à 10 ans sont invités à dessiner un évènement de leur vie qui les a rendus « très, très tristes », et un autre qui les a rendus « très, très heureux ». Les données montrent qu’aucune différence significative n’apparaît dans la dimension des objets (surface occupée, hauteur et largeur) selon la nature émotionnelle de l’évènement dessiné.

Dans la deuxième expérience, les chercheurs constatent qu’un groupe d’étudiants en psychologie clinique [1] ne distinguent pas mieux les dessins tristes des dessins heureux qu’un groupe de personnes novices, sans expérience clinique.

De plus, quand sont écartés des analyses les productions graphiques contenant des signes très explicites d’émotion (par exemple, des visages tristes ou souriants), tous ces adultes accomplissent leur tâche de distinction des dessins avec un niveau équivalent… à celui de la chance !

Pour classer les dessins, ces évaluateurs indiquent avoir utilisé essentiellement les signes manifestes d’émotions, puis la nature des objets (par exemple un cadeau ou un cercueil) et les couleurs. Ces indicateurs, notent les chercheurs, ne sont d’ailleurs pas infaillibles. En revanche, les participants font très peu mention de la dimension des objets.

L’équipe de psychologues reconnait que de nouvelles études devront valider ces résultats sur d’autres populations d’enfants et auprès de professionnels ayant une pratique plus régulière de l’interprétation de dessins.

Néanmoins, « pris dans leur ensemble, les résultats de ces expériences s’ajoutent à la masse croissante de recherches remettant en cause la validité des dessins comme technique projective en général et, en particulier, la validité des interprétations de leur nature émotionnelle en fonction de la dimension des objets. En effet, nos résultats nous incitent à appeler une fois de plus à la prudence concernant l’utilisation et l’interprétation des dessins d’enfants », concluent les chercheurs (p. 473, notre traduction).

Référence :

Strange, D., Hoynck Van Papendrecht, H., Crawford, E., Candel, I., & Hayne, H. (2010). Size doesn’t matter : emotional content does not determine the size of objects in children’s drawings. Psychology, Crime & Law, 16(6), 459-476.

Mots clés :

Témoignages d’enfants – Dessins – Technique projective – Mineurs –Enfants d’âge préscolaire – Enfants d’âge scolaire

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

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davef3138
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[1] Ces étudiants ont reçu une formation théorique de deux ans, contenant au moins un cours portant sur l’évaluation des enfants, et possèdent une expérience clinique d’au moins un an.