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Témoignages et faux souvenirs : trop réfléchir nuirait-il à la mémoire ?

8 décembre 2010 par Frank Arnould

Une équipe de psychologues a découvert un nouveau facteur, l’élaboration conceptuelle, favorisant le développement de faux souvenirs induits chez les témoins oculaires d’un crime.

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« Pensez-vous que le cambrioleur a été déçu de ne pas trouver d’argent liquide dans votre appartement ? » Ce type de question pourrait favoriser l’acceptation de suggestions trompeuses.

Les témoins oculaires d’un crime peuvent être influencés par des informations nouvelles et trompeuses auxquelles ils ont été soumis après les faits. Une équipe de psychologues américains vient de découvrir un nouveau facteur favorisant la transformation de ces suggestions erronées en faux souvenirs, chez les témoins oculaires d’une scène filmée de crime (Zaragoza, Mitchell, Payment, & Drivdahl, 2011).

Les résultats d’une première expérience montrent que les témoins oculaires encouragés à réfléchir à plusieurs reprises sur le sens et les implications d’éléments faux suggérés (élaboration conceptuelle) sont plus enclins à en former de faux souvenirs que les témoins invités à en imaginer plusieurs fois des détails sensoriels, perceptifs et contextuels (élaboration perceptive). Ces derniers produisent plus fréquemment de faux souvenirs d’informations suggérées que les témoins n’étant pas invités à élaborer leurs réponses (voir Encadré).

La seconde expérience indique que l’effet de l’élaboration conceptuelle sur la formation de faux souvenirs suggérés est néanmoins soumis à une condition : les témoins oculaires doivent avoir évalué les éléments véridiques et suggérés sur un thème ou une dimension identique (quand les élaborations conceptuelles sont réparties sur les différentes scènes d’un même épisode et non quand elles sont regroupées sur chaque scène).


Un peu de méthode

Dans les deux expériences publiées par Maria Zaragoza et ses collaborateurs, les participants doivent répondre à une série de questions portant sur une scène filmée de cambriolage, scène qu’ils viennent tout juste de visionner. Certaines questions introduisent des détails erronés, inexistants dans l’enregistrement vidéo du crime.

Pour les participants du groupe « élaboration perceptive », les questions exigent toujours de fournir des informations supplémentaires sur les caractéristiques sensorielles, perceptives, spatiales ou contextuelles de chaque fait.

Pour ceux du groupe « élaboration conceptuelle », les questions sont conçues de manière à encourager la réflexion sur le sens et les implications du fait : dans quelle mesure un jury jugera-t-il le fait comme incriminant ? Dans quelle mesure le fait constitue-t-il un élément central du crime ? Quelles sont les réactions personnelles et les motivations des personnages représentés dans le film ?

Les participants du groupe « sans élaboration » ne sont pas invités à fournir des réponses perceptivement ou conceptuellement élaborées. Pour s’assurer d’un temps de traitement identique des questions dans les trois groupes, ces sujets sont simplement invités à trouver une rime, ou à déchiffrer un mot dont les lettres sont mélangées, ou encore à porter un jugement grammatical dans les énoncés du questionnaire.

Exemple :
« Après avoir trouvé une bague et un peu d’argent dans le dressing, le cambrioleur a continué à chercher d’autres objets à voler. »
Élaboration perceptive : « De quelle couleur était la boite en velours contenant la bague (bleue ou noire) » ;
Élaboration conceptuelle : « Le fait que le voleur ait dérobé la bague constitue-t-il un élément central du crime ?
Sans élaboration : « Déchiffrer ce qui suit pour former un mot dans cette phrase : gabeu »

Après avoir répondu à ce questionnaire, les participants sont soumis à un test final de la source des souvenirs, permettant d’observer la transformation éventuelle des suggestions trompeuses en faux souvenirs.

Référence :

Zaragoza, M. S., Mitchell, K. J., Payment, K., & Drivdahl, S. (2011). False memories for suggestions : The impact of conceptual elaboration. Journal of Memory and Language, 64(1), 18-31.

Mots clés :

Témoignages oculaires – Fausses informations – Mémoire – Suggestibilité – Cognition – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédit photo :

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