Témoignages oculaires : le temps des souvenirs

4 avril 2013 par Frank Arnould

En s’aidant d’une frise temporelle, des témoins oculaires se sont mieux souvenus d’une scène criminelle complexe.

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Des chercheurs ont mis au point une nouvelle méthode qui permettrait de recueillir des témoignages oculaires plus complets, en particulier quand ceux-ci portent sur une scène criminelle complexe impliquant plusieurs délinquants.

La technique repose sur l’utilisation d’une ligne de temps, ou frise temporelle, indiquant l’espace temporel entre le début et la fin d’une infraction. Les témoins s’en servent pour représenter la séquence des actions de la scène, chaque action étant décrite sur une fiche autocollante qu’ils placent ensuite sur la ligne temporelle. Ils disposent également d’autres fiches pour la description physique des malfaiteurs.

Dans la première expérience, des adultes volontaires sont conviés à visionner l’enregistrement d’une agression physique suivie d’un vol, actes perpétrés par cinq malfaiteurs sur une victime féminine. Immédiatement après ou deux semaines plus tard, les participants sont invités à se souvenir de la scène en s’aidant de la ligne temporelle ou en suivant une simple consigne de rappel libre.

La ligne temporelle a permis aux témoins de se souvenir dans l’ensemble d’un plus grand nombre de détails corrects que la consigne de rappel libre (47 % d’informations en plus dans le test immédiat et 32 % en plus dans le test différé), sans augmentation du nombre d’informations incorrectes et sans nuire à la précision globale des témoignages. En particulier, avec cette technique, les témoins ont pu se remémorer un plus grand nombre de détails corrects sur les actions, sur les associations entre actions et malfaiteurs (qui a fait quoi) et ont commis moins d’erreurs sur l’ordre des actions.

La deuxième expérience a pour but de cerner les mécanismes à l’origine des effets bénéfiques de la ligne temporelle sur la mémoire des témoins oculaires. Cette fois, les participants volontaires sont répartis dans quatre groupes expérimentaux :

- Ligne temporelle (procédure identique à celle de la première expérience) ;
- Rappel libre (consigne identique à celle de la première expérience) ;
- Fiches : les témoins utilisent les fiches de description des malfaiteurs et les fiches sur les actions, mais ne disposent pas de la ligne temporelle ;
- Contexte temporel : les témoins sont invités à se replacer mentalement dans le contexte du crime, l’expérimentateur insistant sur l’ordre temporel des actions.

Les résultats montrent que les participants des groupes « ligne temporelle » et « fiches » produisent des témoignages contenant un plus grand nombre de détails corrects, sauf en ce qui concerne la séquence des actions : les participants du groupe « fiches » commettent plus d’erreurs que les participants du groupe « ligne temporelle ». Par conséquent, jugent les chercheurs, la technique de ligne temporelle originale « surclasse » ce que permettent d’obtenir isolément ses constituants.

Les souvenirs en mémoire épisodique sont organisés temporellement, rappellent les auteurs de l’étude. Ainsi, c’est en misant sur cette organisation que la technique de la ligne temporelle serait bénéfique à la mémoire des témoins oculaires.

Les chercheurs soulignent que la méthode en est encore dans sa phase précoce de développement. Ils ont aussi noté les limites concernant son utilisation sur le terrain : elle exige en effet des témoins coopératifs ayant une bonne maîtrise du langage.

Référence :

Hope, L., Mullis, R., & Gabbert, F. (2013). Who ? What ? When ? Using a timeline technique to facilitate recall of a complex event. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 2(1), 20-24. doi:10.1016/j.jarmac.2013.01.002

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