Témoins amis ou conjoints : des liaisons dangereuses ?

25 octobre 2007 par Frank Arnould

Les études consacrées à l’influence des discussions entre co-témoins sur leur mémoire d’un délit ou d’un crime n’ont jusqu’à présent pas pris en compte le degré de familiarité qui les lie. Cet aspect est étudié pour la première fois par la psychologue Lorraine Hope et ses collègues dans une expérience publiée dans la revue Acta Psychologica.

Selon les résultats d’une équipe de chercheurs britanniques (Hope, Ost, Gabbert, Healey et Lenton, 2008), les personnes se souviennent moins précisément d’un événement après en avoir discuté avec un co-témoin. L’étude apporte un élément important supplémentaire : les témoins sont plus vulnérables aux suggestions d’un co-témoin qu’ils connaissent (58 % des témoins dans cette situation) qu’à celles d’une personne inconnue (29 % des témoins dans ce cas). Ainsi, ils acceptent plus volontiers de la part d’un ami ou d’un conjoint le fait qu’une jeune fille ait volé de l’argent même lorsqu’ils n’ont pas pu voir eux-mêmes cette scène particulière. Pour obtenir un tel résultat, les chercheurs avaient demandé aux participants de l’étude de visionner la même scène mais selon deux perspectives différentes. Seule l’une des deux présentait la scène de vol explicitement.

Les discussions entre co-témoins familiers ont une autre conséquence. Les auteurs de cette étude ont ainsi découvert que les témoins sont plus souvent conduits à juger incorrectement la jeune fille coupable ou innocente (en fonction de la version de la scène qu’ils ont visionné) après une discussion avec un conjoint ou un ami qu’après une discussion avec un co-témoin inconnu.

Les données recueillies par Paterson, Chapman et Kemp (2007, cités par Hope et al., 2008) montrent que 77 % des témoins interrogés ont indiqué qu’une autre personne de connaissance était présente : un ami (44 %), un membre de la famille ou un conjoint (33 %) ou d’autres personnes familières comme un collègue de travail ou un voisin (22 %). Les discussions entre co-témoins familiers étant apparemment courantes, l’étude de Lorraine Hope et de ses collaborateurs est donc un premier pas dans la compréhension de leur influence sur la mémoire d’un délit ou d’un crime.

Référence :

Hope, L., Ost, J., Gabbert, F., Healey, S., & Lenton, E. (2008). “With a little help from my friends...” The role of co-witness relationship in susceptibility to misinformation. Acta Psychologica, 127, 476-484.

Mots-clés :

Suggestibilité, Culpabilité, Mémoire, Influence sociale, Co-témoin, Suggestibilité, Témoignage oculaire

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