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Témoins et suspects sous l’emprise de l’alcool et des drogues : les archives parlent

14 septembre 2012 par Frank Arnould

Après analyse de dossiers d’infractions, des psychologues américains ont découvert que les policiers géraient de la même manière les témoins et suspects sous l’emprise de substances que les témoins et suspects sobres.

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La psychologue américaine Francesca Palmer et ses collègues ont cherché à savoir de quelle manière les policiers géraient les suspects et les témoins sous l’emprise de l’alcool ou de drogues. Pour cela, l’équipe a pu analyser 289 affaires de viol, 181 cas de vols et 169 dossiers d’agression, représentant 1307 témoins et 786 suspects. Toutes ces données provenaient des archives du bureau d’un procureur de district (district attorney) dans une juridiction du sud-ouest des États-Unis. Un suspect avait été arrêté dans chaque affaire et des poursuites judiciaires avaient été lancées dans 69 % des cas.

Concernant les témoins, les chercheurs ont observé que 170 d’entre eux étaient sous l’emprise de substances au moment des faits. Soixante-treize pour cent de ces témoins avaient consommé seulement de l’alcool, 11 % des drogues multiples. La consommation d’alcool était surtout présente chez les témoins de viol (71 %) plutôt que chez ceux d’agression (18 %) ou de vol (11 %).

Les policiers ont aussi souvent demandé aux témoins intoxiqués qu’aux témoins sobres de fournir une description du délinquant, la plupart du temps, le jour même du crime ou le lendemain. De même, les deux catégories de témoins ont autant été sollicitées pour identifier le suspect, le plus souvent au court d’une parade d’identification en direct (suspect et figurants présents derrière une glace sans tain). Les policiers semblent donc avoir géré de la même manière témoins sous l’emprise de substances et témoins sobres.

Concernant les suspects, 28 % d’entre eux étaient sous l’emprise de l’alcool ou de drogues au moment des faits (115 cas de viols, 64 cas de vol et 46 cas d’agression). La majorité d’entre eux avait consommé seulement de l’alcool (62,8 %), et 15,7 % des drogues multiples. Suspects sobres et intoxiqués ont tout autant admis avoir commis le crime (54 % versus 47 %). Soixante-quatorze pour cent des suspects sous emprise de substances ont fait des déclarations à la police. Pour une majorité d’entre eux, ces déclarations ont été obtenues le jour même du crime. Cette information suggère que de nombreux suspects ont peut-être été interrogés alors qu’ils étaient toujours sous l’influence des substances absorbées.

Pour les auteurs de cette étude, les résultats indiquent que suspects et témoins sous l’emprise de substances sont impliqués dans un nombre significatif d’infractions et que les policiers gèrent les personnes intoxiquées et sobres de la même manière lorsqu’ils cherchent à obtenir des informations de leur part. Les chercheurs ont reconnu que les policiers ne peuvent pas toujours éviter de recueillir les déclarations de personnes ayant consommé des substances. Aussi, ils ont recommandé de développer des méthodes d’entretien spécifiquement destinées à l’interrogation de ces individus.

Ce travail ayant été mené aux États-Unis, les résultats ne sont pas forcément généralisables à d’autres contextes. Concernant la France, il n’existe pas, à notre connaissance, d’étude récente similaire.

Référence :

Palmer, F., Flowe, H.D., & Takarangi, M.K. (2013). Intoxicated witnesses and suspects : An archival analysis of their involvement in criminal case processing. Law and Human Behavior, 37(1), 54-59.

Mots clés :

Témoignage oculaire –Suspect – Alcool – Drogue – Interrogatoire –

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Crédit photo :

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