Témoins multiples et erreurs d’identification de suspect

20 mars 2009 par Frank Arnould

Les suggestions trompeuses entre témoins oculaires concernant l’apparence physique d’un malfaiteur peuvent accroitre le risque d’erreurs d’identification.

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Deux études récentes montrent que la présence de plusieurs témoins sur les lieux du crime est une situation courante (Paterson & Kemp, 2006 ; Skagerberg & Wright, 2008). De plus, les conversations entre ces personnes sont fréquentes. Par exemple, dans l’étude publiée par les psychologues britanniques Elin Skagerberg et Daniel Wright, de l’Université du Sussex à Brighton, 58 % des témoins oculaires interrogés rapportent avoir discuté du crime avec le ou les autres témoins présents (Skagerberg & Wright, 2008).

Des recherches menées en laboratoire suggèrent que ces discussions ne sont pas sans conséquence, au moins dans certaines conditions. Les témoins, qui n’ont pas forcément perçu la scène de crime de la même façon, peuvent ainsi se suggérer mutuellement des informations. Ces suggestions peuvent alors modifier leurs souvenirs des faits.

Rachel Zajac et Nicola Henderson, de l’Université d’Otago à Dunedin, Nouvelle-Zélande, viennent de publier des résultats montrant que ces discussions suggestives peuvent aussi détériorer la précision de témoins oculaires participant ensuite à une parade d’identification du suspect.

Des étudiants d’université visionnent, par paires, une courte séquence vidéo montrant un homme dérobant un téléphone portable et un baladeur MP3 à deux personnes, distraites pendant ce temps par la complice du voleur. L’un des membres de chaque paire de témoins est en fait un comparse de l’expérimentateur. Il est chargé de suggérer à certains de ses co-témoins que les yeux de la complice sont bleus. Or, ils sont bruns en réalité, information difficilement décelable dans le film.

Les participants doivent ensuite décider si l’une des personnes présentées dans la parade d’identification est la complice du vol. Celle-ci est, en fait, absente du tapissage de police, composé uniquement d’individus innocents ayant tous... les yeux bleus. Les résultats montrent que les témoins faussement informés sur la couleur des yeux de la complice sont deux fois plus nombreux à désigner par erreur une personne dans cette parade que les témoins n’ayant pas été informés de la sorte ! Le mécanisme responsable de ce phénomène reste, cependant, encore mystérieux.

Les deux chercheurs concluent en suggérant que « […] les inconvénients potentiels des discussions entre témoins dépassent tout avantage possible. » (p. 277, notre traduction).

Références :

Paterson, H.M., & Kemp, R. (2006). Co-witnesses talk : A survey of eyewitness discussion. Psychology, Crime & Law, 12(2), 181-191.

Skagerberg, E.M., & Wright, D.B. (2008). The prevalence of co-witness and co-witness discussions in real eyewitness. Psychology, Crime & Law, 14(6), 513-521.

Zajac, R., & Henderson, N. (2009). Don’t it make my brown eyes blue : Co-witness misinformation about a target appearance can impair target-absent line-up performance. Memory, 17(3), 266-278.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Co-témoin – Discussion – Conformisme des souvenirs - Influence sociale – Fausse information – Suggestibilité – Mémoire – Parade d’identification – Tapissage de police – Adultes

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kimberlyfaye
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