Trop nerveux pour être honnête ?

23 octobre 2008 par Frank Arnould

Un nouveau stéréotype contesté : la nervosité ne serait pas un signe pertinent du mensonge.

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Un stéréotype largement répandu veut que la nervosité soit un signe du mensonge. Cette idée serait fausse. Par exemple, dans une étude parue en 2002, Samantha Mann et ses collègues analysent les enregistrements vidéo réalisés pendant l’interrogatoire de personnes soupçonnées de vol, d’incendie criminel, de viol ou de meurtre. Certains signes de nervosité (évitement du regard, mouvements de tête) ne sont pas plus fréquents quand les suspects rapportent un propos mensonger par rapport à un propos sincère. En outre, le mensonge s’accompagne même d’une réduction des clignements de paupières et des mouvements des mains et des bras, ainsi que d’un allongement des pauses verbales ! Ces derniers comportements ne sont en rien des indications d’agitation, mais, pour Sharon Leal et ses collègues (Leal, Vrij & Bull, 2008), ils seraient des indices de la charge cognitive provoquée par le fait de mentir. Cette charge mentale aurait pour conséquence de réduire l’éveil tonique chez les menteurs.

Afin de vérifier leurs hypothèses, Sharon Leal et ses collaborateurs entreprennent deux expériences. Dans la première, des étudiants d’université doivent résoudre des problèmes d’intelligence de complexité croissante. Plus la difficulté de la tâche augmente (autrement dit, plus la charge cognitive est importante), moins les étudiants clignent des yeux et plus leur éveil tonique (mesuré par l’activité électrodermale [1]) se réduit. Dans la deuxième, d’autres étudiants doivent dire la vérité ou mentir au cours d’un entretien. Le mensonge s’accompagne bien d’une réduction des clignements de paupière et de l’éveil tonique, de la même façon que pour la résolution de problèmes complexes.

Pour Sharon Leal et ses collègues, la recherche de signes de nervosité ne serait pas une stratégie efficace pour détecter le mensonge. D’ailleurs, dans la seconde expérience, ce sont les personnes disant la vérité qui présentent une augmentation du nombre de clignements de paupière ! Les indicateurs de charge cognitive pourraient être, en revanche, plus intéressants (voir aussi Vrij, Mann, Fisher, Leal, Milne, & Bull, 2008). Cependant, les auteurs reconnaissent que mentir n’est pas toujours une activité plus exigeante mentalement que dire la vérité. Détecter le mensonge à partir de signes visuels reste une tâche décidément bien difficile à accomplir (Vrij, 2008).

Références :

Leal, S., Vrij, A., Fisher, R.P., & van Hooff, H. (2008). The time of the crime : Cognitively induced tonic arousal suppression when lying in a free recall context, Acta Psychologica, 129(1), 1-7.

Mann, S., Vrij, A., & Bull, R. (2002). Suspects, lies, and videotapes : An analysis of authentic high-stake liars. Law and Human Behavior, 26(3), 365-376.

Vrij, A. (2008). Nonverbal dominance versus verbal accuracy in lie detection : A plea to change police practice. Criminal Justice and Behavior, 35(10), 1323-1336.

Vrij, A., Mann, S.A., Fisher, R.P., Leal, S., Milne, R., & Bull, R. (2008). Increasing cognitive load to facilitate lie detection : The benefit of recalling an event in reverse order. Law and Human Behavior, 32(3), 253-265.

Lectures supplémentaires :

Biland, C. (2004). Psychologie du menteur. Paris : Odile Jacob.

Vrij, A. (2008). Detecting Lies and Deceit : Pitfalls and Opportunities. (2 ed.). Chichester : Wiley.

Mots clés :

Détection du mensonge - Interrogatoire de police - Charge cognitive - Comportements non verbaux - Nervosité - Mémoire - Adultes

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[1] L’électrodermographie permet de mesurer les variations de la résistance électrique de la peau.