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Un co-témoin vous rendrait-il plus confiant dans votre témoignage ?

17 mai 2006 par Frank Arnould

Plusieurs enquêtes ont montré que des jurés accordent une place de choix dans la confiance qu’attribue une personne à son témoignage pour décider de la culpabilité d’un suspect. D’autres travaux ont indiqué que le niveau de confiance peut être influencé par les rétroactions (comme "vous avez identifié la bonne personne") que peut recevoir le témoin sur son identification d’un suspect au cours d’un tapissage. Allwood, Knutsson et Granhag (2006) ont étudié l’effet de la confirmation et de l’infirmation d’un témoignage sur la confiance, non pas dans une situation de tapissage mais sur la mémoire plus générale d’un événement criminel.

Le principe de l’expérience est le suivant : des sujets visionnent un film qui décrit l’enlèvement d’une femme par deux hommes à un arrêt d’autobus. Par la suite, les sujets doivent répondre à quarante quatre questions testant leur mémoire de différents éléments de l’événement criminel. Deux semaines plus tard, les mêmes sujets doivent, pour chaque question, évaluer leur confiance dans leur réponse. Chacune de leur réponse est accompagnée de celle d’un soi-disant autre participant (un co-témoin, en quelque sorte) qui confirme ou infirme les dires des participants. Un groupe contrôle ne reçoit aucune rétroaction. Cette tâche terminée, les sujets doivent alors effectuer un jugement de fréquence qui consiste à estimer le nombre total de réponses auxquelles ils pensent avoir répondu correctement.

Par des méthodes de calibrage, les auteurs montrent que les participants ont généralement tendance à être surconfiants (leur niveau de confiance est plus élevé que leur niveau d’exactitude), et cela est d’autant plus vrai lorsque les réponses ont été confirmées par le co-témoin. Ce résultat renforce donc l’idée qu’il faudrait éviter toute forme de rétroaction, en particulier celle qui confirme les propos du témoin lors du recueil d’un témoignage. Il est possible d’essayer de mettre en place des procédures permettant aux professionnels chargés d’une enquête d’éviter ces rétroactions. Par contre, il est bien plus difficile d’éviter que des témoins parlent entre eux de l’événement criminel auquel ils ont assisté.

L’analyse des jugements de fréquence montre, quant à elle, que les témoins sont assez précis dans l’estimation du nombre de questions auxquelles ils ont répondu correctement.

Référence :

Allwood, C.M., Knutsson, J., & Granhag, P.A. (2006). Eyewitness under influence : How feedback affect the realism in confidence judgements. Psychology, Crime & Law, 12, 25-38.

A lire également sur le site : Les enfants témoins sont-ils influencés par les confirmations et les infirmations de leurs propos ?