Un rempart contre les faux souvenirs ?

22 novembre 2010 par Frank Arnould

Une activation de l’éveil induite, après les faits, protègerait les témoins oculaires contre les faux souvenirs.

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L’amygdale (en rouge)

Après les faits, un témoin oculaire est souvent exposé à de nouvelles informations sur le crime, qu’elles soient distillées par des articles de journaux, par les questions d’un policier ou encore au cours de discussion avec d’autres témoins présents sur les lieux. Ces éléments nouveaux sont parfois erronés et risquent de s’immiscer dans la mémoire du témoin.

Les conditions conduisant les personnes à accepter ces suggestions trompeuses font l’objet de nombreuses recherches depuis les années 1970 (voir Loftus, 2005, pour une revue récente de la littérature). Dans ce domaine, les psychologues américains Shaun English et Kristy Nielson ont fait une découverte étonnante (English & Nielson, 2010).

Les participants à l’expérience sont interrogés sur quatre petits films qu’ils viennent de visionner, en répondant par oui ou par non à une série de questions [1]. Pour une partie des sujets, certaines de ces questions contiennent des informations fausses sur les clips vidéo.

Les participants sont ensuite invités à regarder un nouveau film, sans aucun lien avec les quatre précédents. Pour un groupe de sujets, le contenu du film (enregistrement d’une chirurgie buccale) doit induire un niveau d’éveil (arousal) accru. Pour l’autre groupe de sujets, le contenu de la séquence est neutre.

Une semaine plus tard, les participants sont convoqués au laboratoire et, à leur grande surprise, l’expérimentateur leur demande une nouvelle fois de répondre aux questionnaires.

L’analyse des résultats montre que les personnes ayant été exposées au film activant l’éveil répondent alors plus précisément aux questions et résistent mieux aux suggestions trompeuses que les personnes exposées au film neutre !

Les chercheurs pensent que l’activation de l’éveil, induite chez les sujets peu de temps après les faits et l’exposition aux suggestions trompeuses, permettrait de réduire la confusion entre les différentes sources de souvenirs, assurant ainsi une meilleure distinction entre expériences vécues et informations suggérées.

Cette interprétation, poursuivent-ils, est cohérente avec les résultats d’autres travaux montrant que l’éveil induit après un apprentissage améliore la mémoire de souvenirs épisodiques. En outre, plusieurs recherches chez l’animal, ainsi que des preuves obtenues en imagerie cérébrale, indiquent que cette amélioration résulterait de la modulation par l’amygdale du système hippocampique de la mémoire.

Glossaire

Amygdale. Structure du cerveau, adjacente à l’hippocampe, impliquée notamment dans le traitement des émotions, en particulier celui de la peur.

Hippocampe. Structure du cerveau participant à la formation des souvenirs déclaratifs et à leur consolidation à long terme.

Mémoire épisodique. Mémoire déclarative (souvenirs à long terme accesibles à la conscience et verbalisables) des expériences personnelles qui sont localisables dans le temps et l’espace.

Références :

English, S. M., & Nielson, K. A. (2010). Reduction of the misinformation effect by arousal induced after learning. Cognition, 117(2), 237-242.

Loftus, E. F. (2005). Planting misinformation in the human mind : A 30-year investigation of the malleability of memory. Learning & Memory, 12(4), 361-366.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Faux souvenirs induits – Suggestibilité – Fausses informations – Mémoire – Éveil - Activation - Émotion – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédit image :

Wikimedia Commons


[1] chaque questionnaire suit le visionnage d’un film.