Un test pour évaluer la fiabilité d’un témoin oculaire ?

23 février 2012 par Frank Arnould

Un test d’identification de visages non familiers, administré après le tapissage de police, permettrait d’évaluer la fiabilité d’un témoin oculaire.

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Quel critère peut-être utilisé pour déterminer si un témoin oculaire a pris la bonne décision en participant à une séance d’identification de suspect ? Les psychologues ont déjà exploré plusieurs pistes. Par exemple, ils se sont intéressés au niveau de certitude qu’attribue un témoin à son choix (« Je suis sûr à 90 % que le suspect n° 2 dans la parade est bien l’auteur du crime »), au temps que celui-ci prend pour se décider, ou encore à sa capacité à se souvenir des figurants de la parade.

Une équipe de chercheurs britanniques a commencé l’exploration d’une nouvelle voie de recherche. Sachant qu’un criminel est souvent inconnu des témoins, ils ont essayé de savoir si l’aptitude individuelle d’un témoin oculaire à se souvenir de visages non familiers pourrait constituer un indice efficace de sa fiabilité dans un tapissage de police.

Deux expériences sont conduites pour tester cette possibilité. Elles reposent sur la procédure suivante. Les participants visionnent tout d’abord l’enregistrement vidéo d’une scène de vol. Quelques instants plus tard, ils prennent part à une séance d’identification du suspect. Pour une partie des témoins, le voleur est bien présent dans le tapissage. Pour l’autre partie, il en est absent et est remplacé par un individu innocent. Dans ce test de témoignage oculaire, la tâche consiste à décider si le délinquant est présent ou non dans la parade. Les témoins sont ensuite soumis à un test d’identification de visages non familiers. Dans chaque essai de cette épreuve, un visage nouveau leur est présenté. Ils doivent ensuite l’identifier ou non dans une parade de 10 personnes. Le test comporte 40 essais différents dans la première expérience et 20 dans la seconde. Pour la moitié des essais, le visage cible est présent dans la parade. Pour l’autre moitié, il en est absent.

Qu’ont découvert les chercheurs ? Chez les participants ayant identifié un individu dans le test de témoignage oculaire, leur performance dans le test des visages non familiers est associée à la fiabilité de leur témoignage. Par contre, le score obtenu dans le test de visages non familiers ne permet pas de déterminer la précision d’un témoin n’ayant reconnu aucun individu dans le test de témoignage oculaire.

Les auteurs de ces expériences pensent qu’un test d’identification de visages est donc utile pour déterminer la fiabilité de témoins oculaires, tout au moins, de certains d’entre eux. Toutefois, ils préfèrent rester encore prudents avant de recommander l’intégration d’une telle épreuve au cours d’enquêtes criminelles réelles. Des règles d’usage devraient effectivement être testées et rédigées afin que la technique puisse être appliquée dans les meilleures conditions. En outre, soulignent-ils, une combinaison d’indices faciliterait certainement l’estimation de la fiabilité d’un témoin.

Référence :

Bindemann, M., Brown, C., Koyas, T., & Russ, A. (2012). Individual differences in face identification postdict eyewitness accuracy. Journal of Applied Research in Memory and Cognition, 1(2), 96-103.

Mots clés :

Témoignage oculaire - Parade d’identification - Tapissage - Mémoire - Visages non familiers - Cognition - Adultes

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Parades d’identification

Crédit photo :

svenwerk
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