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Une nouvelle procédure de tapissage lorsque plusieurs malfaiteurs sont impliqués

9 juin 2006 par Frank Arnould

Une nouvelle procédure de tapissage, le tapissage sériel à deux personnes, est testée et comparée aux méthodes plus courantes lorsque des témoins ont assisté à un crime impliquant deux malfaiteurs.

Elisabeth Wells et Joanna Pozzulo, de l’Université Carleton à Ottawa (Canada) testent une nouvelle procédure de tapissage qu’elles espèrent plus appropriée que les autres méthodes lorsqu’un acte délictueux a été perpétré par deux malfaiteurs (Wells & Pozzulo, 2006). Brièvement, le tapissage sériel à deux personnes consiste à présenter au témoin une série de paires de photos d’individus. Le témoin doit désigner si l’une des personnes de la paire est l’un des coupables.

Les auteurs ont élaboré cette méthode de présentation du tapissage en se basant sur le principe de la spécificité de l’encodage de Tulving et Thompson (1973). Selon ce principe, une information n’est pas codée isolément en mémoire mais des éléments supplémentaires, présents au même moment, sont également intégrés. Ceux-ci peuvent alors servir d’indices contextuels pour faciliter le souvenir de l’information ciblée. Aussi, dans la situation où deux malfaiteurs sont impliqués, l’identification d’un coupable par un témoin devrait être facilitée lorsque les membres du tapissage sont présentés par deux.

Au cours de leur expérience, des étudiants visionnent un film dans lequel un voleur, aidé d’un complice, dérobe le porte-monnaie d’une femme. Les témoins doivent ensuite décrire l’apparence physique et les actions des deux malfaiteurs. Enfin, ils participent à un tapissage soit sériel à deux personnes, soit simultané soit séquentiel pour chacun des suspects.

Lorsque les coupables sont présents dans les tapissages, le taux d’identifications correctes dans le tapissage sériel à deux personnes ne diffère pas significativement de la procédure simultanée ou séquentielle. Il n’est donc pas meilleur mais il n’est pas non plus moins bon que les méthodes classiques.

Il faut signaler que sur l’ensemble des tapissages avec cible présente, le complice est mieux identifié que le voleur, pourtant personnage central de la scène de vol. Néanmoins, les taux d’identifications restent faibles dans les deux cas : 28 % pour le complice et 16 % pour le voleur. Seulement 8 % des témoins ont identifié correctement à la fois le voleur et son complice.

Lorsque les coupables sont absents des tapissages, on constate que le taux de rejets corrects (le témoin indique que le coupable n’est pas présent) est plus élevé dans le tapissage sériel à deux personnes. Toutefois, aucune différence n’est statistiquement significative.

Pour l’heure, il est prématuré de dire que le tapissage sériel à deux personnes est une méthode efficace lorsque plusieurs malfaiteurs sont impliqués. D’autres études sont nécessaires pour évaluer son intérêt.

Lorsque les auteurs analysent les descriptions faites par les témoins de l’apparence physique des deux malfaiteurs, le nombre de descripteurs est plus élevé pour le voleur que pour le complice mais les descriptions du complice sont plus précises ! Par contre, le nombre de descripteurs des actions des deux personnages ne diffèrent pas significativement mais sont cependant plus précises pour le voleur ! Enfin, les résultats montrent qu’un témoin identifiant correctement un malfaiteur n’en fait pas une description plus longue et détaillée que ceux faisant des identifications erronées.

Référence :

Tulving, E., & Thompson, D.M. (1973). Encoding specificity and retrieval processes in episodic memory. Psychological Review, 80, 352-373.

Wells, E.C., & Pozzulo, J. (2006). Accuracy of eyewitness with a two-culprit crime : Testing a new identification procedure. Psychology, Crime & Law, 12, 417-427.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Parade d’identification, Tapissage sériel, Mémoire, Cognition, Adules