Une nouvelle stratégie pour détecter le mensonge ?

20 mai 2010 par Frank Arnould

Imposer une charge cognitive supplémentaire aux suspects pendant l’interrogatoire permettrait de mieux identifier les menteurs.

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« Regardez-moi dans les yeux ! » : une nouvelle stratégie pour détecter le mensonge ?

Mentir exige souvent des efforts cognitifs importants. Les menteurs doivent, par exemple, inventer une histoire crédible tout en contrôlant les réactions de leur interlocuteur pour s’assurer qu’ils sont crus. Cette charge mentale qu’ils s’imposent se manifesterait par différents signes verbaux et non verbaux. Ces comportements pourraient alors les trahir.

Si cette façon de concevoir le mensonge est pertinente, une charge cognitive supplémentaire associée à l’activité de mentir devrait exacerber l’ampleur de ces indicateurs. Elle devrait également aider les enquêteurs à distinguer plus facilement menteurs et personnes honnêtes.

Un tel raisonnement a été testé expérimentalement pour la première fois par le psychologue Aldert Vrij et ses collègues (Vrij et al., 2008). L’équipe de chercheurs a constaté que les menteurs produisaient plus d’indices de charge cognitive quand ils étaient invités à relater les faits dans l’ordre chronologique inverse. Cette consigne avait pour objectif de rendre leur tâche encore plus ardue. En outre, ces personnes malhonnêtes étaient détectées plus fréquemment par un groupe de policiers.

Dans le cadre d’investigations criminelles réelles, demander aux suspects de rappeler les faits dans l’ordre chronologique inverse est plutôt inhabituel. Par conséquent, les enquêteurs pourraient être réticents à utiliser ce type d’instruction. Pour ces raisons, Aldert Vrij a évalué récemment, avec différents collaborateurs, un nouveau moyen d’imposer une charge cognitive supplémentaire aux menteurs : exiger des suspects de maintenir un contact visuel avec l’interviewer (Vrij, Mann, Leal, & Fisher, 2010).

Dans la première expérience, des étudiants d’université ont dû mentir ou dire la vérité à propos d’une scène simulée de vol. Ces « suspects » ont ensuite été interrogés par un policier en uniforme leur demandant ou non de maintenir leur regard sur lui. Les résultats ont montré que certains indicateurs de charge cognitive sont plus fréquents chez les menteurs devant maintenir un contact visuel que chez ceux du groupe contrôle.

Dans la deuxième expérience, un autre groupe d’étudiants a eu pour tâche de détecter les menteurs et les personnes honnêtes à partir d’une sélection d’enregistrements issus de la première étude. Selon les circonstances, les participants pouvaient voir et entendre les personnes ou ne disposaient que de l’enregistrement audio des interrogatoires. Les données ont indiqué que les participants ont mieux décelé le mensonge quand les « suspects » devaient garder le contact visuel avec l’enquêteur.

Cependant, l’amélioration de la détection du mensonge n’avait rien de spectaculaire. Les auteurs ont avancé une explication possible à ce résultat. Les menteurs étaient informés d’un certain nombre de faits sur lesquels ils devaient tromper leur interlocuteur. Ils n’ont donc pas eu à inventer eux-mêmes une histoire plausible, rendant la détection du mensonge plus difficile.

Références :

Vrij, A., Mann, S., Fisher, R., Leal, S., Milne, R., & Bull, R. (2008). Increasing cognitive load to facilitate lie detection : The benefit of recalling an event in reverse order. Law and Human Behavior, 32(3), 253-265.

Vrij, A., Mann, S., Leal, S., & Fisher, R. (2010). ’Look into my eyes’ : can an instruction to maintain eye contact facilitate lie detection ? Psychology, Crime & Law, 16(4), 327-348.

Mots clés :

Mensonge – Détection du mensonge – Charge cognitive – Interrogatoire de police – Contact visuel – Adultes

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