Une parade d’identification adaptée à l’enfant

23 février 2009 par Frank Arnould

Une technique, simple à mettre en œuvre, permettrait aux enfants de commettre moins d’erreurs dans une parade d’identification.

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Quand le coupable d’un crime est absent d’une parade d’identification, les enfants commettent plus fréquemment de fausses identifications que les adultes (Pozzulo & Lindsay, 1998). Rachel Zajac et Aspasia Karagorge, de l’Université d’Otago à Dunedin, Nouvelle-Zélande, pensent avoir développé une méthode prometteuse permettant de réduire significativement ce type d’erreur chez les jeunes témoins. Avant de leur présenter les photographies de la parade, on les informe qu’ils devront désigner le coupable s’il y est présent. On leur montre ensuite une carte sur laquelle est représentée une silhouette (tête et épaules), surmontée d’un point d’interrogation. Ils devront pointer cette carte si le coupable n’est pas dans la parade.

Cette méthode est testée dans une expérience publiée dans Applied Cognitive Psychology. Des groupes d’enfants, âgés de 8 à 11 ans, participent à une visite surprise dans un commissariat local. L’intervention d’un officier de police, expliquant son métier, est interrompue par une personne souhaitant lui emprunter les clés des cellules. Le perturbateur quitte la salle au bout de 45 à 60 secondes. Le lendemain ou le surlendemain, les jeunes participants doivent désigner ou non, parmi six photographies, la personne indélicate avec (condition expérimentale) ou sans l’aide (condition contrôle) de la carte silhouette. Dans certains cas, la photographie du perturbateur est bien présente au côté des distracteurs (personnes choisies pour constituer la parade en raison de leur ressemblance avec le suspect) ; dans d’autres cas, elle est remplacée par celle d’un suspect innocent (individu ressemblant le plus au « coupable »).

Quand la carte silhouette est disponible, 71 % des enfants prennent la bonne décision lorsque le coupable est absent de la parade (indiquer qu’aucun individu n’est le coupable) contre seulement 46 % lorsqu’elle ne l’est pas. Quand des erreurs d’identification sont commises dans cette situation, 18 % des enfants choisissent le suspect innocent dans la situation expérimentale, mais 52 % dans la situation contrôle. De plus, les enfants pouvant utiliser la carte silhouette choisissent le coupable aussi fréquemment (76 %) que les enfants ne pouvant pas l’utiliser (75 %) quand il est présent dans la parade d’identification.

En résumé, la technique de la carte silhouette, facile à mettre en œuvre, permet aux enfants d’être plus précis quand le coupable est absent de la parade d’identification, sans gêner leur décision quand il y est présent. Les auteurs de l’étude estiment que ces résultats sont encourageants, mais cette procédure nécessite évidemment des investigations supplémentaires.

Références :

Zajac, R., & Karageorge, A. (2009). The wildcard : A simple technique for improving children’s target-absent lineup performance. Applied Cognitive Psychology, 23(3), 358-369.

Pozzulo, J.D., & Lindsay, R.C.L. (1998). Identification accuracy of children versus adults : A Meta-Analysis. Law and Human Behavior, 22(5), 549-570.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de police – Mémoire – Enfants d’âge scolaire

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