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Utilisation d’un dessin dans le recueil des témoignages d’enfants : une méthode efficace ?

3 août 2006 par Frank Arnould

L’utilisation d’un dessin représentant un garçon ou une fille permet-elle de recueillir des témoignages plus informatifs de la part d’enfants ayant subi des attouchements corporels ?

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Dévoiler des actes d’agressions sexuelles ou de maltraitances physiques est une expérience difficile pour les enfants, en particulier pour les plus jeunes d’entre eux. Afin de faciliter leurs témoignages, certains professionnels de l’enfance introduisent durant l’entretien des techniques de communication non verbale, comme les poupées anatomiquement détaillées ou le dessin. Ces méthodes sont souvent proposées aux enfants, même si leur usage est toujours controversé.

Récemment, Willcox, Morgan et Hayne (2006) ont voulu savoir si des enfants de 5 et 6 ans sont capables d’indiquer sur un dessin représentant un garçon ou une fille [1] les différents endroits de leur corps (tête, bras et épaules) touchés par un adulte.

Les auteurs considèrent que le dessin ne facilite pas le témoignage. De manière générale, les comptes rendus des jeunes enfants sont incomplets et peu précis. Parmi les désignations incorrectes, certains enfants indiquent même des contacts sexuels qui n’ont jamais eu lieu (11,3 % et 25,5 % des jeunes participants ont désigné, respectivement, au moins un contact sur les parties génitales et sur la poitrine dans l’expérience 1, et 7,1 % et 23,8 % dans l’expérience 2). Les auteurs mettent donc en garde les professionnels de l’enfance sur l’utilisation d’une telle technique dans un contexte clinique ou légal.

Selon les résultats obtenus par DeLoache et Marzolf en 1995, les très jeunes enfants ont des difficultés à utiliser une poupée anatomiquement détaillée pour indiquer des attouchements, car leur niveau de développement cognitif ne leur permet pas de concevoir ce dispositif comme une représentation d’eux-mêmes. Une cause similaire pourrait expliquer les données de Willcox et collaborateurs. Pour contourner ce problème, cette équipe de recherche envisage de tester dans le futur l’utilisation d’une photographie de l’enfant lui-même à la place du dessin générique d’un garçon ou d’une fille.

Références :

Deloache, J.S., & Marzolf, D. (1995). The use of dolls to interview young children : Issues of symbolic representation. Journal of Experimental Child Psychology, 60, 155-173.

Willcox, E., Morgan, K., & Hayne, H. (2006). Body maps do not facilitate children’s reports of touch. Applied Cognitive Psychology, 20, 607-615.

Mots-clés :

Témoignage - Attouchements corporels - Abus sexuels - Agressions sexuelles - Crédibilité - Dessin - Mémoire - Enfants.

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Crédit photo :

lenaah

Certains droits réservés : Licence Creative Commons


[1] Le choix du dessin est fonction du sexe de l’enfant interrogé.