Variations sur la reconnaissance des visages

5 février 2010 par Frank Arnould

L’aptitude à reconnaître des visages serait liée au fonctionnement socioémotionnel des personnes.

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Notre aptitude à reconnaître un visage ne dépend pas seulement de ses propriétés physiques. Elle est aussi influencée par certaines dispositions individuelles. Les enfants et les personnes âgées, par exemple, auraient une mémoire des visages généralement moins performante que celles d’adultes jeunes. Les femmes, quant à elles, reconnaîtraient mieux les visages que les hommes.

Age et sexe ne seraient pas les seuls facteurs personnels agissant sur cet aspect précis de notre fonctionnement mnésique. En effet, la mémoire des visages pourrait aussi être liée aux aptitudes socioémotionnelles des personnes. C’est ce que vient de découvrir une équipe de psychologues britanniques (Bate, Parris, Haslam & Kay, 2010). Leur recherche montre que les individus présentant une forte disposition à l’empathie reconnaissent mieux les visages et commettent moins d’erreurs de mémoire (reconnaître à tort un visage non étudié) que les personnes présentant une faible disposition à l’empathie.

Une bonne mémoire des visages prédispose-t-elle à l’empathie ou, au contraire, l’empathie favorise-t-elle une meilleure aptitude à reconnaître les visages ? Quelle que soit la réponse apportée à cette interrogation, les résultats obtenus par cette équipe de recherche sont une incitation à entreprendre de nouveaux travaux permettant de mieux cerner les différences individuelles pouvant influencer la capacité de témoins oculaires à identifier un suspect.

Les as de la reconnaissance des visages

Certaines personnes présentent une incapacité anormale à reconnaître les visages. Aucun trouble visuel, aucune lésion cérébrale apparente ou d’autres difficultés cognitives ne permettent d’expliquer leur état. Elles souffrent de prosopagnosie développementale [1].

À l’opposé, certains individus semblent être des as de la reconnaissance des visages, tout au moins selon leurs dires. Récemment, une équipe de chercheurs américains (Russell, Duchaine, & Nakayama, 2009) a étudié quatre personnes qui s’étaient présentées de la sorte (trois femmes et un homme). Les psychologues les ont soumis à différentes épreuves objectives de perception et de reconnaissance des visages révélant effectivement que leur performance dans ces tests excédait largement celle de sujets contrôle.

L’homme est souvent considéré comme expert dans la reconnaissance des visages, mais celle-ci est vite perturbée quand les visages sont présentés à l’envers, bien plus que ce n’est le cas avec d’autres types de stimuli visuels. En toute logique, les chercheurs ont constaté que l’effet d’inversion de visages était le plus important chez les « super reconnaisseurs », qui étaient suivis par les sujets contrôles, puis par les personnes souffrant de prosopagnosie développementale.

Références :

Bate, S., Parris, B., Haslam, C., & Kay, J. (2010). Socio-emotional functioning and face recognition ability in the normal population. Personality and Individual Differences, 48(2), 239-242.

Russell, R., Duchaine, B., & Nakayama, K. (2009). Super-recognizers : People with extraordinary face recognition ability. Psychonomic Bulletin & Review, 16(2), 252-257.

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Mémoire – Personnalité – Émotion — Empathie – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche - Parades d’identification, reconnaissance des visages et des voix.

Crédit photo :

tanakahwo
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[1] D’autres patients manifestent des troubles identiques, mais consécutifs à une lésion cérébrale. On parle alors de prosopagnosie acquise.