Victimes et agresseurs : la confrontation

5 février 2008 par Frank Arnould

Dans quelle mesure les allégations d’agressions sexuelles faites par des enfants sont confirmées par les dépositions des abuseurs présumés ? Cela dépend beaucoup de la méthode d’interrogation des victimes.

Il existe aujourd’hui un consensus sur la façon dont un entretien avec un témoin ou une victime doit être conduit. L’une des recommandations les plus courantes est d’utiliser des questions ouvertes, leur permettant de se souvenir librement des événements. Les témoignages recueillis de cette façon sont plus précis que ceux obtenus au moyen de questions spécifiques, dirigées ou suggestives.

Une étude sur le terrain publiée récemment par une équipe dirigée par Michael Lamb, de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni, confirme la valeur des questions ouvertes dans le recueil des témoignages (Lamb, Orbach, Hershkovitz, Horowitz, & Abbott, 2007).

Les auteurs comparent les descriptions d’agressions sexuelles rapportées par des enfants et des adolescents qui en ont été les victimes, à celles de leurs agresseurs présumés [1]. Dans les deux cas, les dépositions sont recueillies à l’aide du protocole d’entretien du NICHD. Celui-ci repose largement sur le recours aux questions ouvertes (Orbach et al., 2000).

Dans l’ensemble, 24 % des détails rapportés par les victimes sont confirmés et... près de 66,6 % sont ignorés par les suspects. Ceux révélés en réponse à des questions ouvertes sont plus nombreux et plus souvent confirmés par les suspects que ceux obtenus grâce aux questions ciblées ou suggestives.

Les auteurs de l’étude s’attendaient à ce que les propos recueillis librement soient les moins contredits par les suspects. En réalité, ils le sont tout autant que ceux rapportés suite à des questions ciblées. Les chercheurs interprètent la découverte d’un faible nombre de contradictions par le fait que seul des suspects coopératifs (ayant reconnu totalement ou partiellement les agressions) ont été retenus dans l’étude (p. 1128).

Références :

Lamb, M. E., Orbach, Y., Hershkovitz, I., Horowitz, D., & Abbott, C. B. (2007). Does the type of prompt affect the accuracy of information provided by alleged victims of abuse in forensic interviews ? Applied Cognitive Psychology, 21, 1117-1130.

Orbach, Y., Hershkovitz, I., Lamb, M. E., Sternberg, K. J., Esplin, P. W., & Horowitz, D. (2000). Assessing the value of structured protocols for forensic interviews of alleged child abuse victims. Child Abuse & Neglect, 24, 733-752.

Mots-clés :

Allégation d’abus sexuel, Exactitude des témoignages, Protocole NICHD, Entretien, Interrogatoire, Suspect, Mémoire, Enfants, Adolescents

A lire également sur PsychoTémoins :

Evaluer la crédibilité des allégations d’agressions sexuelles d’enfants : l’interêt du protocole d’entretien du NICHD


[1] Eux-mêmes sont des enfants et adolescents âgés de 9 à 14 ans.