Vidéosurveillance et identification de visages

5 mai 2009 par Frank Arnould

Selon les résultats obtenus par une équipe de chercheurs britanniques, l’identification d’une personne non familière à partir de l’enregistrement d’une caméra de vidéosurveillance est source d’erreurs.

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Dans un article paru dans la revue Applied Cognitive Psychology, les chercheurs Josh P. Davis et Tim Valentine émettent un jugement plutôt sévère sur la vidéosurveillance. Trois expériences montrent effectivement que le nombre d’erreurs d’identification d’un individu non familier à partir de ces enregistrements vidéo est substantiel. Les deux psychologues pensent donc qu’il serait risqué d’utiliser cette forme particulière d’identification comme preuve unique de la culpabilité d’une personne.



Dans la première expérience, les participants doivent décider si « l’accusé », physiquement présent devant eux, est bien la personne filmée trois semaines auparavant par une caméra de surveillance. Vingt-deux pour cent des sujets jugent que ce n’est pas le cas, alors que l’accusé est bien la personne filmée. Dix-sept pour cent des participants pensent que l’accusé est présent dans la vidéo, alors qu’il s’agit d’un autre individu.

Les résultats sont encore moins encourageants dans la deuxième expérience, quand la vidéo a été enregistrée un an auparavant : 44 % et 33 % des participants prennent une décision incorrecte quand l’accusé est présent et absent de la vidéo, respectivement. Ils commettent moins d’erreurs quand l’individu filmé porte une paire de lunettes de soleil plutôt qu’un chapeau ou aucun « déguisement ». Le port de lunettes a peut-être forcé les participants à se servir des traits externes du visage, dont on sait qu’ils sont plus pertinents que les traits internes pour reconnaître une personne qui n’est pas familière.

Les enregistrements vidéo utilisés dans les deux expériences précédentes, de qualité moyenne, simulent ceux obtenus généralement par les caméras de surveillance. Cependant, les auteurs découvrent dans la troisième expérience que les participants commettent également des erreurs d’identification quand les vidéos sont de meilleure qualité (gros plan du visage). Quand l’accusé est la personne filmée, ils sont 17 % et 33 % à prendre une mauvaise décision quand la vidéo a été enregistrée quelques minutes et une semaine avant l’identification, respectivement. Quand l’accusé n’est pas la personne filmée, 34 % des participants commettent une erreur d’identification.

Référence :

Davis, J.P., & Valentine, T. (2009). CCTV on trial : Matching video images with the defendant in the dock. Applied Cognitive Psychology, 23(4), 482-505.

Mots clés :

Vidéosurveilance - Télésurveillance - Caméra de sécurité - Identification - Adultes

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