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Vieillissement et mémoire des visages : l’origine cognitive des fausses reconnaissances

4 avril 2012 par Frank Arnould

Les personnes âgées seraient plus sujettes aux fausses reconnaissances de visages parce qu’elles s’appuieraient surtout sur le sentiment de familiarité qu’ils leur inspirent.

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Les personnes âgées obtiennent généralement de moins bons scores que les jeunes adultes dans les épreuves de reconnaissance des visages. Plus précisément, si les deux groupes d’âge reconnaissent tout aussi bien les visages mémorisés, les séniors commettent un plus grand nombre de fausses reconnaissances. Autrement dit, par rapport à leurs cadets, ils indiquent plus souvent reconnaître des visages qu’ils n’ont en fait jamais vus dans le passé. Dans le langage technique des psychologues expérimentalistes, ces erreurs sont appelées des fausses alarmes.

Pour comprendre ce résultat, certains chercheurs fondent leur explication sur une théorie à double processus de la reconnaissance (Yonelinas, 2002). D’une part, une personne peut rechercher délibérément en mémoire les détails contextuels présents au moment de la mémorisation d’un visage. C’est en fonction de la récupération ou non de tels détails qu’elle décide si le visage est ancien (étudié) ou nouveau. Ce mécanisme est appelé la remémoration (recollection, en anglais). D’autre part, une personne peut aussi reconnaître un visage parce qu’il lui paraît familier, un processus censé se dérouler de manière automatique.

Plusieurs travaux ont déjà montré que les personnes âgées semblent recourir moins souvent à la remémoration et fonder plus fréquemment leurs jugements sur le sentiment de familiarité. Ce mode de fonctionnement pourrait expliquer leur tendance aux fausses reconnaissances de visages. Cette explication a été une nouvelle fois confirmée par des psychologues américains, en faisant varier le niveau de familiarité des leurres présentés pendant un test de reconnaissance de visages (Edmonds, Glisky, Bartlett, & Rapcsak, 2012).

L’expérience s’est déroulée en trois étapes. Tout d’abord, des adultes jeunes (de 18 à 28 ans) et âgés (de 63 à 86 ans) ont été conviés à émettre différents jugements de personnalité sur une série de visages. Chaque visage leur a été présenté à trois reprises, accompagné d’un jugement de personnalité différent à chaque présentation. C’était la phase de familiarisation.

Les participants ont ensuite étudié une nouvelle liste de visages en vue d’un test de mémoire ultérieur. Chaque visage de cette liste a également été présenté trois fois.

Dans le test de mémoire, les sujets devaient reconnaître, parmi des visages leurres, des visages qu’ils avaient étudiés. Trois types de leurres ont été intégrés dans le test : des visages auxquels les participants s’étaient familiarisés pendant la première phase de l’expérience (familiarité forte), des visages combinant les traits externes d’un visage étudié avec les traits internes d’un autre visage étudié (familiarité moyenne), et des visages totalement nouveaux (familiarité faible).

Les résultats ont montré que les personnes âgées ont produit autant de reconnaissances correctes que les jeunes adultes. Aucune différence significative n’a été constatée entre ces deux groupes d’âge dans les taux de fausses reconnaissances concernant les visages combinés et les visages totalement nouveaux.

En revanche, les séniors ont commis bien plus de fausses reconnaissances que leurs cadets en présence de visages familiarisés. Ce taux d’erreurs était d’ailleurs d’un niveau équivalent à celui de leurs reconnaissances correctes (0,71 et 0,71, respectivement). Visages familiarisés et visages étudiés ont vraisemblablement été perçus comme ayant un niveau de familiarité équivalent. Pour les distinguer dans le test de reconnaissance, la remémoration de détails contextuels s’avérait donc nécessaire. Les jeunes adultes ont été plus enclins à se lancer dans ce type de recherche en mémoire, moins les individus âgés.

Références :

Edmonds, E. C., Glisky, E. L., Bartlett, J. C., & Rapcsak, S. Z. (2012). Cognitive mechanisms of false facial recognition in older adults. Psychology and Aging, 27(1), 54–60. doi:10.1037/a0024582

Yonelinas, A. P. (2002). The nature of recollection and familiarity : A review of 30 years of research. Journal of Memory and Language, 46(3), 441–517. doi:10.1006/jmla.2002.2864

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Fausses reconnaissances – Faux souvenirs – Familiarité – Remémoration – Sénescence – Mémoire – Cognition – Adultes jeunes – Personnes âgées

Crédits photo :

Ward
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)