Visages, stéréotypes criminels et identification de suspects

3 novembre 2010 par Frank Arnould

Les idées reçues sur l’apparence physique des criminels pourraient parfois influencer la décision de témoins oculaires au cours de tapissages policiers.

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Dans son ouvrage L’homme criminel, publié en 1876, le médecin et criminologue italien Cesare Lombroso (1835-1909) défend l’idée que les criminels se distinguent des autres personnes par différents signes morphologiques. Si cette théorie est aujourd’hui désuète dans les milieux scientifiques, de nombreuses personnes croient toujours que les délinquants ont souvent un visage particulier, voire même un visage spécifique selon le type de crime.

Ces préjugés sur le visage des criminels peuvent-ils influencer le choix d’un témoin oculaire au cours d’une parade d’identification de suspect ? Cette question fait l’objet d’une série d’expériences publiées par deux psychologues britanniques de l’Université de Leicester (Flowe & Humphries, 2011).

Les chercheurs ont tout d’abord sélectionné aléatoirement onze tapissages réels de police, composé chacun de la photographie du suspect du crime et des photographies de cinq figurants, ces dernières étant puisées dans le fichier des personnes arrêtées par la police. Dans la première étude, les participants ont visionné chaque parade d’identification. Leur tâche était de deviner qui était le suspect de la police, puis d’indiquer les raisons de leur choix.

Quand les participants ne disposaient pas de la description de l’aspect physique du suspect, recueillie pendant l’audition d’un témoin oculaire réel du crime, ils ont le plus souvent justifié l’identification d’un individu en invoquant le fait qu’il avait… une « tête de criminel » ! Par contre, les participants se sont le plus souvent servis de cette description pour prendre leur décision quand elle était disponible.

Dans la deuxième étude, un nouveau groupe de sujets a été chargé d’évaluer l’aspect plus ou moins criminel des visages présentés dans les tapissages. Les visages jugés comme étant fortement associés à la criminalité ont également été ceux qui avaient eu tendance à être choisis par les participants de la première étude, du moins quand aucune description de l’apparence physique du suspect n’était disponible.

Quand les témoins oculaires d’un crime disposent d’une bonne mémoire du malfaiteur, concluent les auteurs, les stéréotypes sur le visage des criminels influenceraient peu leur décision dans une parade d’identification. Cette situation est simulée dans leur travail quand les faux témoins [1] de la première étude disposent d’une description de l’apparence du suspect.

Par contre, poursuivent-ils, ces stéréotypes pourraient influencer plus fortement les témoins ayant des souvenirs flous du délinquant, ou encore ceux étant hautement suggestibles ou ayant tendance à deviner. Dans ces circonstances, ces idées préconçues pourraient conduire à la sélection d’un suspect, coupable ou innocent, parce qu’il serait celui ressemblant supposément le plus à un criminel par rapport aux autres membres de la parade !

Les auteurs recommandent donc que l’ « apparence criminelle » soit aussi prise en compte pendant la composition d’une parade d’identification, afin qu’aucun individu ne se détache des autres sur cet aspect. De cette manière, l’influence des stéréotypes concernant l’aspect physique des délinquants serait minimisée chez certains témoins.

Référence :

Flowe, H.D., & Humphries, J.E. (2011). An examination of criminal face bias in a random sample of police lineups. Applied Cognitive Psychology, 25(2), 265-273.

Mots-clés :

Témoignage oculaire – Stéréotype – Apparence physique – Visages – Biais – Parade d’identification – Tapissage de police

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[1] Les participants de la première étude sont de faux témoins dans le sens où ils n’ont pas assisté au crime.