Voir le visage comme un tout : le coût d’un avantage

21 octobre 2010 par Frank Arnould

De nouvelles données sur la façon dont nous traitons les visages permettraient de comprendre l’échec des portraits-robots à produire une image ressemblante du suspect.

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Nous abordons généralement les visages de manière plus holistique que les autres objets présents dans notre environnement. Les visages sont en effet traités comme des entités indivisibles qui ne se réduisent pas à la somme des traits les constituants. Ce sont ces représentations holistiques qui, pour une majorité de chercheurs, confèrent aux êtres humains de remarquables performances dans la reconnaissance de leurs semblables (pour une revue récente et critique de la littérature scientifique sur cette question, voir Baudouin, Chambon, & Tiberghien, 2009).

Les chercheurs américains Miko Wilford et Gary Wells ont observé que le bénéfice du traitement holistique des visages est cependant associé à un coût (Wilford & Wells, 2010). Ce mode d’analyse permet de mieux détecter qu’un changement a eu lieu dans un visage, mais il perturbe la capacité à détecter précisément ce qui a changé !

Ces résultats sont intéressants d’un point de vue théorique, mais également pour les implications pratiques qu’ils suggèrent, par exemple dans la cadre de la construction de portraits-robots.

Un témoin oculaire réalise généralement un portrait-robot en assemblant les différents traits censés représenter ceux du visage du malfaiteur. Cette stratégie n’est pas compatible avec la représentation holistique qu’il détient de l’apparence physique de la personne. Cette incompatibilité est souvent avancée pour justifier la faible ressemblance entre portrait-robot et visage réel (Wells & Hasel, 2007).

Selon Miko Wilford et Gary Wells, les nouvelles données qu’ils viennent de recueillir permettent d’aller un peu loin dans l’explication. Le portrait-robot terminé, le témoin oculaire est habituellement invité à visualiser le résultat final. Il est alors libre d’y apporter tout changement de trait qu’il jugerait nécessaire.

Le témoin pourrait alors estimer que le portrait-robot n’est pas une bonne représentation du visage réel, tout en éprouvant des difficultés à discerner quel trait est différent de son souvenir, l’empêchant ainsi d’opérer des corrections efficaces !

Références :

Baudouin, J., Chambon, V., & Tiberghien, G. (2009). Expert en visages ? Pourquoi sommes-nous tous... des experts en reconnaissance des visages. L’Évolution Psychiatrique, 74(1), 3-25.

Wells, G., & Hasel, L. (2007). Facial composite production by eyewitness. Current Directions in Psychological Science, 16(1), 6-12.

Wilford, M. M., & Wells, G. L. (2010). Does facial processing prioritize change detection ? Change blindness illustrates costs and benefits of holistic processing. Psychological Science 12(11), 1611 -1615.

Mots clés :

Traitement holistique des visages – Portraits-robots – Reconnaissance des visages – Détection du changement - Cécité au changement

Crédit photo :

Kema Keur
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