Vrais et faux souvenirs : des similitudes électriques

24 juillet 2012 par Frank Arnould

Des données encéphalographiques suggèrent que faux souvenirs associatifs et vrais souvenirs partageraient des processus en commun.

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Une étude espagnole a confirmé le fait que les faux souvenirs associatifs partageraient des processus en commun avec les vrais souvenirs (Beato, Boldini, & Cadavid, 2012). Pour faire cette observation, les chercheurs ont présenté auditivement à leurs sujets dix listes de six mots chacune. Chaque mot d’une liste était associé sémantiquement à trois autres mots qui n’étaient pas montrés pendant la phase d’étude – les leurres critiques. Les sujets devaient indiquer s’ils étaient capables de créer une image mentale du mot présenté (traitement profond du mot) ou d’indiquer si celui-ci contenait la lettre « o » (traitement superficiel du mot). Généralement, plus le traitement est profond (sémantique), plus les traces mnésiques sont durables et résistantes à l’oubli (Craik & Lockhart, 1972) .

Quelques instants après la phase de mémorisation, les sujets ont été invités à reconnaître visuellement les mots étudiés parmi les leurres critiques et des mots sans aucun rapport avec les mots présents dans les listes. Un faux souvenir associatif était détecté chaque fois qu’un leurre critique était reconnu, à tort, comme un mot étudié.

L’activité électrique du cerveau des participants a été mesurée par électroencéphalographie. Les chercheurs se sont tout particulièrement intéressés à trois composants des potentiels évoqués cognitifs [1] de la mémoire de reconnaissance : une onde précoce dans le lobe frontal du cerveau (FN400), produite entre 300 et 500 millisecondes après la présentation d’un mot à reconnaître, et considérée comme un indice de la familiarité d’un stimulus ; une onde produite entre 500 et 800 millisecondes dans le lobe pariétal gauche, reflétant la récupération d’éléments spécifiques à l’épisode de mémorisation (recollection) ; et une onde produite entre 1000 et 1500 millisecondes dans le lobe frontal droit, indicateur de processus de contrôle (monitoring) après la récupération d’un souvenir.

Les résultats ont d’abord montré que les mots étudiés à l’aide d’un traitement profond ont été mieux reconnus que les mots étudiés avec un traitement superficiel. En revanche, le taux de fausses reconnaissances des leurres critiques n’a pas été influencé par le niveau de traitement des mots.

L’analyse des potentiels évoqués cognitifs a révélé des similitudes entre vrais et faux souvenirs. Les chercheurs ont ainsi constaté l’absence d’onde FN400 frontal, indice de familiarité, dans les deux cas. Ce résultat était attendu, en raison de la modalité sensorielle différente recrutée pendant la phase de mémorisation et pendant la phase de test (audition versus vision). Aucun effet des niveaux de traitement n’a été observé dans cette fenêtre temporelle précoce de 300 à 500 millisecondes.

Les formes d’onde dans le lobe pariétal gauche, entre 500 et 800 millisecondes, ont été plus positives pour les vrais et les faux souvenirs que pour les rejets corrects (décider qu’un mot nouveau n’a pas été étudié). De plus, aucune différence n’a été relevée entre vrais et faux souvenirs dans ce composant des potentiels cognitifs reflétant les processus de recollection. Aucun effet des niveaux de traitement n’a non plus été observé dans cette fenêtre temporelle.

Pour la fenêtre temporelle la plus tardive, entre 1000 et 1500 millisecondes dans le lobe frontal droit, les formes d’ondes ont également été plus positives pour les vrais et faux souvenirs que pour les rejets corrects. Aucune différence n’a été constatée entre les deux premiers types de remémoration. Par contre, la forme d’onde a été plus positive après un traitement superficiel des mots qu’après un traitement profond, suggérant que les mots étudiés superficiellement ont probablement requis un effort de récupération et un contrôle supplémentaires.

En résumé, ces résultats indiquent que faux souvenirs associatifs et vrais souvenirs partageraient bien des processus en commun. Les chercheurs ont conclu que les faux souvenirs ne seraient pas la conséquence d’un jugement de familiarité précoce des leurres critiques, mais le produit de processus ultérieurs de récupération et de contrôle.

Four lobes animation small2
Les lobes du cerveau :
frontal (rouge), pariétal (orange), temporal (vert), occipital (jaune)

Références :

Beato, M. S., Boldini, A., & Cadavid, S. (2012). False memory and level of processing effect. NeuroReport, 23(13), 804-808. doi:10.1097/WNR.0b013e32835734de

Craik, F. I. M., & Lockhart, R. S. (1972). Levels of processing : A framework for memory research. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 11(6), 671-684. doi:10.1016/S0022-5371(72)80001-X

Mots clés :

Faux souvenirs associatif - Paradigme DRM (Deese - Roediger - McDermott) - Encéphale - Potientiel evoqué cognitif - Mémoire - Cognition - Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédits images :

University of Maryland Press Releases
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Lobes du cerveau : By Polygon data were generated by Database Center for Life Science(DBCLS)[2]. (Polygon data are from BodyParts3D[1]) [CC-BY-SA-2.1-jp], via Wikimedia Commons


[1] Un potentiel évoqué cognitif correspond à un changement de l’électroencéphalogramme traduisant la réaction du cerveau à un stimulus.